Découvrir Saint Philippe du Roule

 

L'Eglise Saint-Philippe actuelle a été construite à la fin du XVIIIe siècle et remaniée deux fois au cours du XIXe siècle. Son histoire est liée aux différentes étapes de l'édification de ce quartier auquel elle a donné son nom.

 

Voir l'évolution historique du quartier depuis le 16ème siècle.

 

L'histoire de l'église

Au début XIIIe siècle, existe dans ce quartier, où l'habitat était déjà présent à l'époque de Clovis et des Mérovingiens, un hameau baptisé Le Roule. En 1217, une chapelle est adjointe à la léproserie du Roule où sont soignées la lèpre et autres maladies de peau.  Avec l'appui de l'évêque de Paris, cette léproserie est progressivement dirigée, entre la fin du XIIIème siècle et le début du XIVème siècle, par les Monnayeurs parisiens qui en assurent l'essentiel des moyens financiers en remplacement des donations privées qui se raréfient. La chapelle de l'hospice est placée sous la protection de Saint Philippe et Saint Jacques dit le Mineur, que l'Eglise fête ensemble, à cette époque, le 1er mai.

 

Au XVIIe siècle, la lèpre ne sévit plus depuis longtemps et une nouvelle population s'installe : celle des jardiniers travaillant pour les Pépinières du roi qui viennent de s'implanter au Roule. Les habitants du Roule qui dépendent de la paroisse de Villiers-la-Garenne, située sur les territoires des actuelles communes de Levallois et de Neuilly, utilisent par commodité la chapelle de l'ancienne léproserie dont ils assurent la restauration et demandent que celle-ci devienne officiellement l'église paroissiale du Roule. L'autorisation est promulgué par Mgr de Noailles, archevêque de Paris le 28 janvier 1697, la première solennité en est faite le 1er mai 1699.

En 1739, l'état du bâtiment est si vétuste qu'il menace de s'effondrer et doit être démoli. Désormais les habitants du Roule célèbrent leurs offices dans une étable. Comme la majorité d'entre eux travaillent pour les pépinières royales installées dans ce quartier, l'affaire est connue du roi Louis XV qui s'émeut. Le 14 août 1741, Louis XV donne un terrain de l'ancienne pépinière du Roule, en face de l'ancienne église, pour y construire une église, un presbytère et un cimetière. Ce premier projet est abandonné au profit d'un nouvelle construction sur l'emplacement de l'ancienne église.


En 1764, Jean-François Chalgrin, un jeune architecte de 29 ans, lauréat du Prix de Rome en architecture, propose un projet qui est accepté. Protégé du marquis de Marigny, directeur des bâtiments du roi et frère de Madame de Pompadour, ami du Comte de Provence, il devient architecte du roi Louis XV, participe à la construction ou au réaménagement de plusieurs églises parisiennes. Il entre définitivement dans l'histoire en dessinant à la demande de Napoléon I les plans de l'Arc de Triomphe qui, d'ailleurs, ne seront que partiellement utilisés par Percier, l'architecte définitif.

En 1774, est posée la première pierre de l'église actuelle. C'est le 30 avril 1784, soit vingt années après la proposition de Chalgrin qu'a lieu la bénédiction de l'édifice et la consécration du maître-autel. Le 1er mai, la fête de Saint Philippe et Saint Jacques revêt une splendeur inaccoutumée.

 

Après la Constitution civile du Clergé (1791), Saint-Philippe-du-Roule conserve son rang de paroisse ; elle est fermée en 1793, puis mise à la disposition des Théophilanthropes, successivement sous le nom de temple du Roule, puis de Temple de la Concorde et enfin rendue au culte catholique le 8 juin 1795. Le maître-autel installé par Chalgrin disparaît.

Les agrandissements du milieu du XIXe siècle, effectués par Hippolyte Godde (1843-1847) et Baltard (1853), successivement architectes en chef de la ville de Paris chargés des églises, conduisent à une nouvelle consécration de l'église le 13 novembre 1852. Une plaque, apposée à l'initiative de l'abbé Ausoure, sur le mur du fond de l'église à gauche lorsqu'on regarde le chœur, curé de la paroisse à cette date commémore l'événement Ils seront présentés, de même que les travaux liés à la mise en application du concile Vatican II, lors de l'explication concernant l'intérieur de l'église.

 

La façade

La façade de l'église fait clairement apparaître que la construction de Saint-Philippe marque un tournant d'importance dans l'histoire de l'architecture religieuse de Paris. Les marches, le portique avec ses quatre colonnes doriques, l'entablement et le fronton triangulaire font surgir dans l'esprit de chacun l'image d'un temple antique. L'église dessinée par Chalgrin est en effet la première église parisienne inspirée de l'antiquité gréco-romaine ; elle est représentative du style dit, néoclassique qui apparaît dans la deuxième moitié du XVIIIe en lien avec les fouilles d'Herculanum et qui restera le style à la mode dans l'architecture civile et religieuse jusqu'au milieu du XIXe siècle. Saint-Philippe servira de modèle à d'autres églises parisiennes du XIXe siècle : Saint-Pierre du Gros-Caillou, Saint-Denis-du-Saint- Sacrement, Notre-Dame de Lorette.
La sculpture du fronton, œuvre de François-Joseph Duret (1732-1816) et l'inscription rappellent que ce monument est une église : la dame à demi allongée entourée d'anges et tenant d'une main la croix et de l'autre le calice est une allégorie de la Religion ; l'inscription : Deo Optimo Maximo sub invocatione Sancti Philippi Apostoli , à Dieu très bon et très grand sous l'invocation (la protection, le patronage) de Saint Philippe Apôtre.. précise que Saint Philippe est le patron de l'église : Deux portes rectangulaires à fronton taluté encadrent le porche et ouvrent sur deux vestibules circulaires : celui de gauche conserve toujours un vitrail représentant Saint Jean baptisant le Christ, œuvre maître verrier Emile Hirsch en 1892 ; les fonts baptismaux qui y avaient été installés ont aujourd'hui disparu, en lien avec la réforme liturgique de Vatican II. Dans celui de droite, une verrière : au XVIIIe siècle, juste après de la construction de l'édifice, toutes les fenêtres à l'intérieur de l'église étaient équipées de verrières identiques à celles-ci.


L'intérieur


L'architecture


L'église de 1784


De l'église Saint-Philippe telle qu'elle se présentait au XVIIIe siècle, vous pouvez voir la nef de sept travées et ses deux bas-côtés, séparés par des colonnes ioniques qui soutiennent la voûte en berceau cintré décorée de caissons qui couvre l'édifice. A cette date l'église construite selon les canons néo-classique est rectangulaire ; son plan reprend celui des basiliques romaines, bâtiments rectangulaires servant de salle de réunion et de tribunal sous l'Empire romain et dans lesquelles les premiers chrétiens célébraient les offices ; lorsque ceux-ci ont construit de nouveaux lieux de culte, ils ont tout naturellement repris ce plan rectangulaire.
Au fond, donc, un mur plein décoré de pilastres (colonnes encastrées dans le mur) et de niches avec des statues constituait l'abside de l'église, deux chapelles encadrant le chœur terminaient les bas-côtés. La voûte n'était percée d'aucune ouverture. L'église était éclairée par des verrières, situées à l'emplacement des actuels vitraux.
L'abside est couverte d'un "cul-de-four" (voûte en quart de sphère), celui où a été peinte depuis la « fresque » de Chassériau. Une transformation cependant par rapport aux basiliques paléo-chrétiennes : le plafond de l'église de Chalgrin est voûté au lieu d'être plat. Cette voûte est d'ailleurs d'une construction particulière : elle n'est pas en maçonnerie, ce qui aurait été trop lourd pour l'édifice ; Chalgrin a utilisé un système inventé par Philibert Delorme : la voûte est en charpente légère, recouverte d'un enduit décoré de caissons à rosaces dorées.
Lorsque l'église est achevée, en 1784, elle ne possède pas encore de grand orgue. Celui-ci a été installée plus tardivement.

L'installation de l'orgue

A l'époque révolutionnaire, quand l'église du couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré fut désaffectée, l'administration départementale disposa de l'instrument qui s'y trouvait. Un des vicaires de Saint-Philippe, ancien dominicain de ce couvent, obtient le 2 octobre 1791 qu'il soit attribuée à son église et que le transfert soit à la charge du département.
Le 18 décembre 1791, des ordres ont été donnés au facteur Somer pour transporter l'orgue des Jacobins dans l'église Saint-Philippe et pour activer les travaux de construction de la tribune entrepris d'après les plans et sur les ordres de Chalgrin.
(les quatre colonnes qui soutiennent la tribune d'orgue font parallèle avec les colonnes du portique tandis que leur style ionique les rattache à celles de l'intérieur de l'église). Les travaux traînèrent en longueur et lors d'une inspection, le 3 septembre 1795, l'orgue n'avait pas encore été installé. Il faut attendre 1799 avant que l'instrument puisse être en état de servir.

Les agrandissements :déambulatoire, chapelle de la Vierge, chapelles latérales, chapelle des catéchismes

Si l'église n'est pas restée telle qu'elle avait été construite, c'est que, au fil des années, elle est devenue trop petite pour ce quartier en pleine expansion.
A la demande du curé de l'époque, c'est donc à Hippolyte Godde architecte en chef de la ville de Paris chargé des églises et élève de Chalgrin, connu pour s'être inspiré des plans de Saint-Philippe lors de la construction de Saint-Pierre du Gros Caillou et Saint-Denis-du-Saint-Sacrement que revient l'honneur de la transformation. C'est lui qui, de 1843 à 1847, construit le déambulatoire, dont les colonnes se marient harmonieusement à celles de Chalgrin, aménage les chapelles latérales, fait percer dans l'axe du chœur la chapelle de la Vierge. Baltard qui prend sa succession, aménage une chapelle pour les catéchismes.


La chapelle de la Vierge


Elle a donc été ajoutée par Godde au milieu du XIXe siècle : pour créer cette chapelle, construite dans l'axe du chœur et consacrée à Marie, refuge des pécheurs, il a démoli le mur de l'abside qui fermait l'église, puis remplacé celui-ci par six colonnes ioniques et par un déambulatoire sur lequel donnent deux sacristies spacieuses, diverses dépendances et deux issues, ouvrant l'une sur le passage longeant l'église, l'autre vers la rue de Courcelles.
Une petite lumière rouge, toujours présente sur l'autel, indique que dans le tabernacle, se trouve l'Eucharistie., présence du Christ, sacrement de la nouvelle alliance . Cette réserve eucharistique est destinée aux malades et en dehors de la messe permet la prière privée. La statue de la Vierge, placée au-dessus de l'autel, est signée Nanteuil. Ce sculpteur de son vrai nom Charles-Louis Leboeuf (1792-1865), semble avoir été relativement célèbre au XIXe siècle ; d'autres œuvres peuvent être admirées à Paris : deux anges adorateurs devant une Piéta dont il n'est pas l'auteur à Saint-Gervais-Saint Protais, un Alexandre combattant dans le Jardin des Tuileries… Sculptée dans le marbre, cette statue fut donnée à l'église Saint-Philippe par la ville Paris. Elle fut installée en 1864. La promesse de cette statue avait été faite en 1846 par Rambuteau et le dessin semblerait être de Rude.
L'autel n'est pas celui d'origine. Celui qui s'y trouve aujourd'hui est celui qui, avant la réforme liturgique de Vatican II, se trouvait dans le chœur de l'église et y avait été placé au milieu du XIXe siècle en remplacement du maître-autel détruit lorsque l'église Saint-Philippe était devenue, du fait de la Révolution, le temple de la Concorde.
Il avait été commandé à l'abbé Choyer d'Angers et comporte trois panneaux ; celui de gauche représente l'enfant Jésus sur les genoux de Marie ; il accepte d'avance le sacrifice de la croix, évoqué par les quatres anges lui présentant les instruments de la Passion. Celui du milieu, le sacrifice d'Abraham ; celui de droite, la descente de croix. Sur les côtés : Saint Jacques à gauche – Saint Philippe à droite.
La verrière a été dessinée et réalisée par Emile Hirsch, en 1882

La voûte de la chapelle, a été réalisée d'après les ordres et les dessins de Victor Baltard et achevé en décembre 1852. La voûte sur fond d'or et peintures polychrome représente le couronnement de la Vierge Marie. Même si celui-ci n'est relaté dans aucun texte, il est représenté au XIIe siècle à Notre-Dame de Paris et découle de l'Assomption relatée dans les textes apocryphes. Marie ne peut être médiatrice que parce qu'elle est reine.
Les peintures murales, sont l'œuvre du peintre Claudius Jacquand (1803-1878) et ont été réalisées de 1858 à 1860. Ce peintre, peu connu, eut son heure de gloire en peignant des scènes de genre ; il a même joui de la protection de Louis-Philippe qui lui commanda plusieurs toiles pour le château de Versailles. La chute du roi, jointe à une mauvaise gestion du patrimoine familial, l'oblige à vivre de sa peinture. Délaissant les scènes de genre qui ne font plus recette, il se tourne vers la peinture religieuse, qu'il traite dans un style sérieux et conventionnel.
C'est donc sans crainte, que l'administration lui confie la décoration de la chapelle de la Vierge en 1857. La décoration d'autres églises, comme celle de Saint-Bernard de la Chapelle dans le XVIIIe arrondissement, lui seront également confiées.

Les peintures murales sont des peintures sur toile marouflée au mur. Ces peintures associent, deux par deux et de part et d'autre d'une corniche qui les sépare un des symboles mariaux, tiré des Litanies à Marie et porté par un ange, –compartiment supérieur- et un épisode de la vie de la Vierge -compartiment inférieur-.

En partant de la gauche de l'autel, et en tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre se trouvent successivement :

  • 1. Dans le registre supérieur Marie, Porte du Ciel associée au registre inférieur à Sainte Anne instruisant la Vierge En-dessous l'inscription : « Je la bénirai et d'elle je vous donnerai un fils que je bénirai » Genèse 17, 16 dans ce passage de la Genèse, qui cité dans son intégralité est : « Je la bénirai en te donnant un fils par elle aussi ; oui, je la bénirai, elle donnera naissance à des nations, et elle aura des rois dans sa descendance », Dieu s'adresse à Abraham et lui promet de bénir sa femme Sara stérile jusque là.
  • 2. Dans le registre supérieur Marie, Rose mystérieuse associée au registre inférieur à La Visitation. En-dessous l'inscription : « D'où me vient le bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » Luc 1, 43 ( « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » )
  • 3. Dans le registre supérieur Marie, maison Dorée associée au registre inférieur à La Sainte Famille En-dessous l'inscription : « L'enfant croissait en sagesse, en âge et en grâce » Luc 2, 40 ( « L'enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. « )
  • 4. Dans le registre supérieur Marie, Miroir de Justice associée au registre inférieur à Jésus retrouvé dans le Temple En-dessous l'inscription : « J'ai trouvé le bien-aimé de mon âme, je l'ai trouvé et je ne le quitte plus » Cantique, 3,4 ( « Je l'ai trouvé celui que mon cœur aime. Je l'ai saisi et ne le lâcherai point que je ne l'aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m'a conçue »)
  • 5. Dans le registre supérieur Marie, Ange de consolation associée au registre inférieur Marie, Consolatrice des Affligés En-dessous l'inscription : « Je suis la mère du pur amour et de la Sainte espérance » Ecclésisatique, XXIV, 24
  • 6. Dans le registre supérieur Marie, l'Ange du repentir associée au registre inférieur à Marie Refuge des pécheurs Ce tableau représente Saint Paul, prisonnier à Césarée. En 58, Paul est arrêté à Jérusalem par des Juifs qui l'accusent d'avoir violé la sainteté du temple. Une émeute s'ensuit. Paul est emprisonné. Pour lui assurer un procès équitable, il est envoyé à Césarée, siège de l'autorité romaine. C'est là qu'il comparaîtra devant le roi Agrippa et sa sœur Bérénice, comme Luc le raconte dans les Actes des Apôtres (25, 23-27 et 26). Il y restera deux ans, de 58 à 60. A sa demande, Paul qui est citoyen romain sera envoyé à Rome puis décapité.
    Spem contra Spem, espérer contre toute Espérance.
    En-dessous de l'invocation : « Ayez pitié de moi Seigneur, car mon âme met en vous sa confiance » PS 46, 1
  • 7. Dans le registre supérieur Marie, Etoile du matin, associée au registre inférieur à La Fuite en Egypte En-dessous l'inscription : « un ange du Seigneur apparut à Joseph et lui dit prends l'enfant et Marie sa mère et fuit en Egypte » Mat, 2, 13 ( « Après le départ des mages, l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu'à ce que je t'avertisse, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. ») La présence de la barque rappelle que Joseph, Marie et Jésus auraient descendu le Nil en barque depuis Maadi, un des faubourgs du Caire jusqu'au village d'Al Qusia à 330 km au sud du Caire et qu'ils y auraient vécu six mois environ. Aujourd'hui un monastère copte-orthodoxe existe à cet endroit
  • 8. Dans le registre supérieur Marie, Arche d'Alliance associée au registre inférieur à la Séparation de Jésus et Marie, lorsque celui-ci commence sa vie publique.
    En-dessous l'inscription : « Ne savez vous pas que je suis occupé de ce qui regarde mon père ? » Luc 2, 49 ( « Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je dois être ».)
  • 9. Dans le registre supérieur Marie, Ange de l'espérance associée au registre inférieur à Marie au pied de la Croix En-dessous l'inscription : « Ö vous tous qui passez, regardez et voyez s'il est une douleur comme ma douleur » Lamentations, 1, 12 « Vous tous qui passez par le chemin regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente »
  • 10. Dans le registre supérieur Marie, Secours des infirmes associée au registre inférieur à la Mort de la Vierge. En-dessous cette inscription : « Jésus Christ est ma vie et mourir est un bien. » Lettres au Philippiens , 1,21 « Pour moi certes, la Vie c'est le Christ, et mourir représente un gain » « En effet, pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage »


Les chapelles latérales

Les deux chapelles encadrant le chœur furent transformées en chapelles latérales. Achevées à Noël 1845 elles ne furent livrées à l'exercice du culte qu'en juin 1850, date à laquelle les autels furent consacrés ; celle, à droite du chœur fut dédiée au Sacré-Cœur, celle à gauche à la Sainte-Croix . En septembre de la même année furent placés des vitraux, œuvres de Gallimard et Lussen (ou Lusson ?) qui, depuis ont été « revus » par Emile Hirsch. Comme en atteste la signature et la date mentionnée sur les vitraux.


Le chœur


C'est au début de 1849 que fut commencée la transformation du chœur. Le sol en fut exhaussé, un dallage –payé par la ville- fut posé, un maître-autel, remplaçant celui qui avait disparu pendant la Révolution française, et des stalles –payés par la fabrique- furent installées. Cet autel est celui dont une partie a été installée dans la chapelle de la Vierge.
L'autel que vous voyez actuellement dans le chœur sur lequel le prêtre célèbre la messe, qui réalise la présence du Seigneur Jésus, ainsi que le baptistère placé derrière, ont été installés après la réforme liturgique de Vatican II sous l'impulsion de l'abbé Thibout (1967). L'un et l'autre sont en pierre polie et l'œuvre de l'architecte Paul Picot. L'ambon duquel est lue la Parole de Dieu date lui aussi de cette époque.


La chapelle des catéchismes ou chapelle Baltard


L'augmentation de la population avait conduit a une augmentation importante des enfants fréquentant les cours de catéchismes. C'est pourquoi en 1852, une nouvelle chapelle des catéchismes est construite par Victor Baltard, celui-là même qui cinq ans plus tard construira les Halles de Paris.
Il s'agit d'une chapelle isolée, rattachée à l'église seulement par sa partie antérieure. D'un corps rectangulaire émerge une abside saillante à pans coupés. L'ordonnance des élévations extérieures est rythmée de pilastres doriques et d'arcades percées de baies en plein cintre dans un style influencé par l'architecture florentine de la première Renaissance. L'intérieur, en revanche est inspiré de l'architecture romane tardive, puisque couverte de voûtes d'arêtes. Les contreforts, intérieurs sont percés d'arcs dont la succession forme comme deux bas-côtés.
Trois vitraux décorent le chœur de la chapelle : au centre, Jésus, à gauche Marie et à droite Saint jean. Tout en bas du vitrail de gauche, dédié à Marie, l'inscription « Victor Baltard Architecte ». En bas du vitrail central l'inscription est « J.H. AUZOUVE, curé de cette paroisse » : malgré l'orthographe « étrange », certainement due à une erreur de transcription, il s'agit bien de l'abbé de l'abbé Ausoure, curé de la paroisse à cette période. Enfin, en bas du vitrail de droite, le nom de l'atelier et vraisemblablement de l'artiste qui réalisa le vitrail : Gallimard et Lusson, une date 1851.


Les vitraux


Les années 1830 sont celles de la redécouverte des œuvres littéraires et artistiques du Moyen Age, époque jusque là très décriée. En remettant les cathédrales au goût du jour, Victor Hugo et Michelet amènent à s'interroger sur le trésor inestimable que sont les vitraux et sur les techniques qui leur ont donné le jour. Comme de nombreuses églises parisiennes, les ouvertures des bas-côtés à St Philippe ne sont que des vitres blanches. Pour atténuer la clarté éblouissante liée à celles-ci, les fenêtres avaient été munies de rideaux qui permettaient, lorsqu'ils étaient tirés, de rendre l'atmosphère un peu plus recueillie. Côté esthétique cela n'allait pas vraiment avec le reste de l'église.

· C'est pourquoi il est décidé que les ouvertures seraient munies de vitraux dédiés aux deux saints patrons de l'église, Saint Jacques et Saint Philippe.

En 1885, deux vitraux à l'effigie de Saint Philippe et Saint Jacques sont posés, de part et d'autre de l'abside, au dessus du chœur. Puis en 1886-1887, les ouvertures de la nef sont munies de vitaux racontant la vie Saint Jacques et Saint Philippe · à droite donc, lorsqu'on regarde le chœur, des scènes de la vie de Jacques le Mineur, dit aussi frère du Seigneur (Paul, Epître aux Galates, 1,19) que la première épître aux Corinthiens (1Co, 15,7) présente comme ayant eu une apparition personnelle du Christ ressuscité.
- Le premier vitrail qui montre son ordination épiscopale, même si le terme n'existait pas encore, rappelle qu'il a été le premier évêque de Jérusalem. Ce vitrail qui montre Jésus procédant à cette ordination en présence de Saint Jean et Saint Pierre, rappelle que si l'on en croit saint Jérôme, il en a été ainsi à la demande expresse de Jésus.
- Le vitrail du milieu intitulé « La prédication de Saint Jacques lors du 1er concile de Jérusalem. » illustre un des passages des Actes des Apôtres (15, 13-23) qui insiste sur le rôle déterminant de celui-ci dans la décision prise, lors de l'assemblée ou concile de Jérusalem de 48 de ne pas demander aux païens devenus chrétiens de passer par les coutumes juives et en particulier par la circoncision.
- Le troisième vitrail intitulé « le martyre de Saint Jacques », s'appuie sur les écrits de différents auteurs des débuts du christianisme et en particulier sur ceux de l'historien latin Flavius Joseph (environ 37-100) et d'Hégésippe (environ 115-180). Le premier rapporte qu'en l'an 62 Jacques a été lapidé en même temps que d'autres compagnons ; le second qu'il a été précipité du haut de la terrasse du temple dans la vallée du Cédron, puis lapidé avant d'avoir le crâne fracassé par le coup de bâton donné par un foulon.
- A gauche, les vitraux concernant St Philippe Apôtre retracent eux aussi les principaux moments de la vie du saint. - Sur le premier, est représenté l'appel que Jésus, selon l'évangéliste Jean (1,43) adresse à Philippe au lendemain de ceux lancés à André et à son frère Simon-Pierre : « Suis-moi ».
- Puis le deuxième, qui montre, à côté de Saint Philippe, un enfant présentant à Jésus ses cinq pains d'orge et ses deux poissons, rappelle que, selon l'évangile de Jean (6,5-7) c'est à lui que Jésus s'adresse avant la multiplication des pains. Lorsque Jésus lui demande : « Où achèterons-nous des pains pour que ces gens mangent ? », Philippe répond « Deux cents deniers de pain ne suffissent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau ». Bizarrement le vitrail n'est illustré d'aucun de ces versets mais avec un verset de l'évangile de Matthieu (seconde multiplication,15,32 ) : « j'ai pitié de la foule car voilà trois jours qu'ils restent auprès de moi et ils n'ont pas de quoi manger. Les renvoyer à jeun, je ne le veux pas : ils pourraient défaillir en route ». - Le troisième vitrail qui présente son martyre s'appuie sur une tradition qui veut qu'il ait été lapidé puis crucifié à Hiérapolis non loin d'Ephèse après avoir évangélisé la Phrygie.

Ces très beaux vitraux, sont dus au maître verrier Emile Hirsch (1832-1904) qui se forma sous la direction d'Eugène Delacroix et a restauré les vitraux de la Cathédrale de Chartres. Ceux-ci ont été conçus dans le style de l'église avec colonne et balustrade, fond bleu et entourage or.

Enfin, en 1892, trois autres vitraux toujours dus à ce maître verrier sont installés : celui que vous pouvez admirez dans les anciens fonts baptismaux et dont il a déjà été fait mention et ceux que vous pouvez admirer dans les deux chapelles latérales : à gauche quand vous regardez le chœur, une crucifixion ; à droite quand vous regardez le chœur celui du Sacré-Cœur de Jésus qui vient rappeler les apparitions du cœur de Jésus à Sainte-Marguerite-Marie à Paray-Le-Monial en 1693.

En 1895, d'aucuns trouvant l'église trop sombre, des ouvertures furent percées dans la voûte à caisson. Les cartons de ces vitraux sont l'œuvre du peintre Albert Maignan (1844-1908), connu pour les cartons à partir desquels on été réalisés, les tapisseries qui ornent la salle des conférences du Sénat, les fresques du restaurant le Train Bleu à la Gare de Lyon ou les verrières de l'église de Parcé-sur-Sarthe, non loin de sa ville natale…La réalisation est due à l'atelier de Champigneulle. Comme le vitrail du Sacré-Cœur, ils sont les miroirs de la dévotion de la fin de ce siècle. Face à la montée de l'anticléricalisme, il faut renouer avec le culte de ceux qui ont contribué à faire triompher le développement du catholicisme en France et affirmer les origines chrétiennes de la nation.

Saint Denis, patron de Paris premier évêque de la capitale de la France. Il meurt martyr vers 250 ou 270 et est enseveli là où s'élève la basilique de Saint Denis. Vers 250, le pape de Rome avait envoyé Denis en Gaule avec six autres évêques pour y porter l'Evangile. Celui-ci se fixa à Lutèce où il ne tarda pas à être mis à mort. On pense en effet qu'il subit le martyre sous la persécution de Dèce (250) ou de Dioclétien (258).Selon l'iconographie habituelle et en souvenir de sa décapitation, qui selon les versions aurait eu lieu à Montmartre ou à Saint Denis qui ne portait pas encore ce nom, le saint tient sa tête dans sa main.
Sainte Geneviève (420-510), la petite bergère de Nanterre qui défendit vaillamment, tant par ses actions que par sa prière Paris contre Attila en 451 et qui fut l'amie de Clovis et de Clotilde. Elle fut enterrée sur la colline qui porte son nom . Sainte Clotilde (475-545), bien évidemment. Elle apparaît dans tous les récits qui relatent la conversion de Clovis. C'est grâce, selon la formule consacrée, au Dieu de Clotilde qui permet à Clovis de remporter la victoire de Tolbiac sur les Alamans en 496 que celui-ci se convertit au christianisme et que la France devint chrétienne. La croix qu'elle tient dans sa main symbolise ce Dieu qui sauve. Après la mort du roi Clotilde eut la douleur de voir meurtres et assassinats ravager sa famille, un de ses fils tuant ses neveux de sa propre main. Après la mort de ses deux petit-fils, elle quitte Paris et se retire à Tours auprès du tombeau de Saint Martin où pendant 34 ans elle vivra au service des plus pauvres.
Saint-Louis(1214-1270) modèle de justice et de charité mais aussi de piété, : la couronne d'épines qu'il porte dans ses mains rappelle qu'il acheta en 1239 le cercle de joncs sur lequel reposait la couronne d'épines et que pour abriter celles-ci il fit construire la Sainte-Chapelle.
Deux Saints plus récents viennent compléter cette série :

Saint François de Sales (1567-1622) évêque de Genève et docteur de l'église. Il fut l'apôtre de la contre-réforme en Savoie et permit à la religion catholique de triompher face au protestantisme. Il est l'auteur de deux livres : Introduction à la Vie dévote, dans laquelle il met la vie spirituelle à la portée des laïcs et le traité de l'Amour de Dieu. Représenté devant pupitre avec l'un de ses écrits.
Saint Vincent de Paul (1581-1660) ami et confident du premier, Sa charité pour les oubliés de la société (malades, galériens, réfugiés, illettrés, enfants trouvés), son humilité et sa douceur ont frappé ses contemporains..
Il fonde successivement la Congrégation de la Mission (Lazaristes) pour évangéliser les campagnes et former les prêtres et avec sainte Louise de Marillac, la Compagnie des Filles de la Charité. Son souci des enfants abandonnés et son rôle d'aumônier des galères sont représentés sur ce vitrail. Ces deux vitraux rappellent le courant du catholicisme social qui débute dans les années 1830 et atteint son apogée avec Rerum Novarum en 1891.

· Les saints qui nous ont précédés

Parmi toutes les personnes qui nous ont précédés dans cette communauté paroissiale, deux sont restées célèbres pour leur sainteté, deux plaques apposées sur les piliers de part et d'autre du chœur sont là pour en faire mémoire.
D'une part le bienheureux Pierre de Turmenyes.
Ce prêtre originaire de Gournay-en-Bray a été pendant 7 ans vicaire à St Philippe (1770-1774) avant, comme la plaque l'indique, de devenir grand maître, c'est-à-dire directeur du collège de Navarre Il a été mis à mort le 2 septembre 1792 pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution Civile de Clergé qui soumettait le clergé au pouvoir des révolutionnaires. Avec lui 190 autres personnes exécutées comme ennemis de la Patrie parce que revendiquant leur appartenance à l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Béatifiés en 1926, ces religieux et ces laïcs qui ont donné leur vie pour nous permettre de pratiquer notre foi, sont fêtés le 2 septembre sous le nom de Bienheureux martyrs de Septembre.
D'autre part, la vicomtesse de Jorbalan. Fille d'une noble famille espagnole, Marie Michelle reçoit une éducation très poussée chez les Ursulines de Pau. Très tôt, elle connaît la souffrance. Après la mort de son père et d'un de ses frères elle se voit abandonnée par son fiancé. Puis survient la mort de sa mère.
Elle vit désormais avec son frère aîné. Dieu est pour elle son seul refuge. Lorsque son frère se rend à Paris, elle se doit de l'accompagner et de conserver une vie mondaine ; elle passe tout son temps disponible en œuvres caritatives et ne manque jamais la messe quotidienne. C'est pendant cette période qu'elle fréquente Saint-Philippe, participe à la fondation de la crèche paroissiale et offre à l'église le chemin de croix que vous pouvez admirer. De retour en Espagne, elle découvre, lors de la visite d'un hôpital de Madrid, l'existence des femmes des rues, parmi lesquelles un certain nombre de prostituées. Elle décide de leur consacrer sa vie et commence par fonder ce qu'à l'époque on appelait des asiles pour les accueillir. Ce qui ne va pas sans mécontenter les autorités aussi bien civiles que religieuses. Bien vite, elle se rend compte que cette Eucharistie qui donne sens à sa vie ne doit faire qu'un avec son œuvre. En 1848, elle fonde l'Institut des Servantes du Saint-Sacrement et de la Charité, approuvé en 1859. Elle meurt à Valence, le 24 août 1865 du choléra qu'elle avait contracté en soignant les malades. Canonisée par Pie XI en 1934, elle est fêtée le 24 août.

Les deux petits coffrets sur la gauche de l'autel sont des reliquaires : l'un contient des reliques de St Philippe et St Jacques, l'autre de St Hispe.


La « fresque » de Chassériau

 

Avant de poursuivre sur cette œuvre très particulière, il faut rappeler que le terme de fresque, utilisé en référence à la taille de la composition est impropre, puisqu'il s'agit d'une huile sur enduit.
En transformant l'église, H. Godde a supprimé le décor en caissons de la voûte en cul-de-four. Très rapidement, il est décidé que cette emplacement sera destiné à recevoir une décoration peinte. La nouvelle est connue. Théodore Chassériau, toujours à l'affût de grand murs à décorer l'apprend. Ce peintre, âgé d'une trentaine d'années, a déjà fait ses preuves : il a décoré en 1843 la chapelle de sainte Marie l'Egyptienne à St Merry (78 rue St Martin, 75004) et débute les fonds baptismaux de l'église Saint-Roch ( rue Saint-Honoré 75001). (Saint François Xavier baptisant un Indien et Saint Philippe Diacre baptisant un eunuque et la reine d'Ethiopie). Cette même année, il apprend que la commande qui lui avait été passée par le directeur des Beaux-Arts pour décorer une des salles du Louvre ne lui serait finalement pas attribuée. Arguant d'un préjudice moral et financier, il demande à ce que lui soit accordée la voûte de Saint-Philippe. Parallèlement, il s'assure du soutien du curé. Le 26 juin 1852, le directeur des Beaux-Arts lui octroie le travail. Dans la lettre qu'il lui adresse, il précise que « ces peintures devront représenter le Christ descendu de la Croix et que [Chassériau] aur[a] à [lui] en soumettre les esquisses »
Le chantier s'annonce difficile. Chassériau est malade, il doit réaliser les travaux promis à Saint Roch et surtout une question finit par l'obséder : comment concilier cet espace tellement longiligne (21,40 m ) et si peu élevé (5,20 m) avec le sujet proposé ? Pour s'en sortir, Chassériau décide de faire quelque chose de totalement neuf : d'abord il ne représente pas une descente de croix au sens strict, car cela l'obligerait à une composition totalement verticale, ce qui est incompatible avec les dimensions du support ; ensuite, il adjoint deux scènes de part et d'autre du sujet principal et fait converger vers le Christ l'ensemble de la composition. Chassériau choisit une scène intermédiaire entre la descente de croix et la Piéta, le moment où le Christ, détaché de la croix va être remis à Marie .Il peut ainsi ne représenter que le bas de la croix et les pieds des larrons, et ajuster la perspective au champ de vision délimité par l'espace.
Au centre du groupe Jésus, soutenu par le bras puissant de Joseph d'Arimathie. Cet « homme droit et juste » qui, comme le précise Luc, « n'a pas donné son assentiment à l'acte des autres » a obtenu de Pilate le droit de récupérer le corps. Jésus s'apprête à glisser doucement vers sa mère qui cherche à échanger avec lui un ultime regard et dont les bras tendus en un geste d'accueil et d'amour s'ouvre vers ce fils adoré comme en témoigne le bras du Christ glissé entre les deux bras de Marie. A gauche du Christ, Saint Jean , le disciple préféré soutient son maître et tient un coin du linceul. Au pied de l'échelle et donc aux pieds du Christ, Marie-Madeleine. Elle est représentée appuyée sur ses cheveux car l'iconographie l'a assimilée à la femme qui lors du repas chez le pharisien Simon (Luc, 7, 36-50) arrose les pieds du maître de ses larmes, les essuie de ses cheveux et les couvre de parfum. A droite de la Vierge, l'autre Marie dans une robe dont la couleur rouge fait écho à celle de Marie-Madeleine. A droite des deux Marie, des femmes dont les gestes et les visages évoquent la souffrance et la douleur, les « femmes qui accompagnaient [le Christ] depuis la Galilée » (Luc, 23 , 49) Nimbé de son auréole, le corps baigné de la lumière du soir, les jambes prises dans le linceul blanc dont une partie est encore attachée à l'échelle qui a servi au déclouement , Jésus, placé sur la robe rouge de Joseph d'Arimathie et entouré de bleu et de rouge sombre, apparaît source de lumière. Le ciel sombre, presque noir, symbole de l'obscurité qui se fit sur la terre au moment de la mort de Jésus, est déchiré par cette lumineuse blancheur du Christ et de la nuée diffuse qui l'entoure. Cela ne peut pas à mon sens ne pas rappeler l'épisode de la Transfiguration, qui en présentant Jésus dans sa gloire, préfigure sa résurrection. Chassériau permet de contempler ici, indissolublement uni, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, fondement de la foi chrétienne. Au centre du tableau en rappel de la crucifixion une éponge, un plat et les clous qui viennent d'être enlevés des membres du sauveur.

Les deux tableaux qui encadrent cette scène et que Chassériau lui a juxtaposés ne renvoient pas à des événements simultanés mais à d'autres moments de la Passion du Christ. Ils font mémoire du long cheminement de souffrance du Christ. Comme le groupe central, ils sont construits sur une alternance de rouge et de bleu ; celle-ci crée une unité entre les scènes du tableau et permet d'oublier le décalage temporel. A droite de la croix, le groupe des Romains ; à gauche, celui des Juifs. Sur votre gauche donc, se détache un soldat romain qui brandit la tunique du Christ teintée ici du rouge de son sang ; aux pieds de celui-ci d'autres soldats jouent aux dés, rappelant l'épisode rapporté par les quatre évangélistes au cours duquel les soldats romains tirent au sort la tunique sans couture du Christ ; le morceau d'étoffe rouge que vous voyez à terre est pour moi le manteau de pourpre dont les soldats romains le revêtir au moment où ils le couronnèrent d'épines et le flagellèrent. D'autres analogies pourraient encore être faites
Regardons maintenant du côté des Juifs, c'est-à-dire sur votre droite. Remarquez le centurion et sa lance : placé du côté des Juifs, il fait le lien entre les Romains auxquels il appartient et les Juifs auprès desquels il est placé. De cet ensemble se détachent également plusieurs moments de la passion du Christ. Sur votre droite, portant turbans, signes de leur appartenance à un rang élevé de la société, les grands prêtres, les anciens et les scribes membres du Sanhédrin, les premiers devant lesquels comparaît ésus après son arrestation. Derrière eux, une multitude de têtes formant un ensemble assez confus : la foule des Juifs qui demandent la libération de Barabas aux dépends de celle de Jésus, puis réclame sa crucifixion. Au premier plan, un homme le bras levé en direction du Christ en croix : sans doute la traduction pictographique des Juifs qui raillent et outragent Jésus cloué à la croix. Au premier plan, une enfant lapide le Christ. Rappel de la femme adultère ? Rappel du meurtre de certains des premiers martyrs ? Au milieu de cette foule, un personnage différent : le vieillard à la barbe blanche et portant un capuchon blanc. Placé à l'inverse des autres, semblant vouloir s'échapper de cette masse hurlante. Ne serait-ce pas un Juif déjà frappé par le message d'amour du Sauveur ? Pourquoi ne pourrait-on pas y voir Nicodème, ce notable pharisien membre du Sanhédrin, ébranlé par les miracles de Jésus dont nous parle l'évangéliste Jean ?
Devant le centurion et sa lance qui fait le lien entre Romains et Juifs, une femme dont le bras dans un geste modérateur veut arrêter ce débordement de violence fait le lien entre la descente de croix et le groupe des Juifs.
Certes, Chassériau ne se réclamait pas ouvertement de la foi catholique. Son œuvre témoigne cependant d'une grande spiritualité personnelle et touche d'autant plus qu'il devait mourir à 37 ans un an après l'avoir achevée.

St Philippe est donc bien plus qu'un simple bâtiment dont l'histoire est ancrée dans le temps. C'est l'esprit de foi qui donne sens à sa réalisation matérielle.
Les différentes étapes de sa construction et de ses aménagements sont le symbole de l'Eglise-assemblée, mémoire d'une foi en Dieu, reçue des générations précédentes et que nous devons transmettre aux générations suivantes. Que ce passé si présent nous incite à être des témoins de la foi dans la société d'aujourd'hui.